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Zenib Laari Inoune, une incroyable championne de Kenpo Karaté

Le karaté vous connaissez sûrement. Mais qu’en est-il du kenpo karaté ? J’ai rencontré à Madrid, Zenib Laari Inoune, une championne de kenpo karaté au palmarès impressionant, qui nous raconte son parcours et nous en dit plus sur ce sport méconnu.

Qu’est-ce que le Kenpo Karaté ?

Le kenpo karaté est un art martial se focalisant sur la self-défense, à travers la maîtrise de différents techniques : les techniques de pieds, les technique de mains et les techniques de blocage. On y trouve plusieurs styles de kenpo : le kenpo japonais, okinawaien et americain

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Portrait de Zenib Laari Inoune

C’est un sport que Zenib Laari Inoune pratique depuis 17 ans. Petite fille hyperactive avec des problèmes de gestion de colère, son père décide de l’inscrire à ce sport, en espérant que cela puisse l’aider mais aussi pour qu’elle puisse apprendre à se défendre. Arrivée jusqu’à la ceinture noire, c’est à ce moment-là que Zenib commence à prendre ce sport plus au sérieux, en participant à des compétitions internationales depuis 2017.

La confusion peut être vite faite entre le karaté et le kenpo karaté. Comment donc les distinguer ? « Au niveau de la tenue, au karaté le kimono est blanc et au kenpo karaté, le kimono est noir. Pendant les combats de kenpo karaté, il est obligatoire de porter des gants de boxes et un casque tandis que pour le karaté non.

Au niveau technique, le karaté est théoriquement plus traditionnel, les postures sont plus basses et les mouvements sont plus basiques ;tandis qu’au kenpo karaté, les mouvements sont plus complexes et techniques afin d’être plus efficace et rapide», explique Zenib.

Le but n’est pas d’attaquer son adversaire, mais de se défendre, car c’est un sport qui valorise le respect envers l’autre. Etre sportive de haut niveau n’est pas sans difficulté. Maintenir son niveau est un défi permanent pour Zenib. La flexibilité, la rapidité et la force sont des points qui sont constamment à améliorer. «On le sent tout de suite lorsque l’on a un peu régressé dans notre niveau, que ce soit dans la compétition ou l’entraînement», précise-t-elle. 

Une carrière impressionnante dû à un travail acharné

Pour maintenir donc son niveau, Zenib s’entraîne de 5 à 8 heures par semaine, lorsqu’elle a des compétitions, 3 heures lorsqu’elle en n’a pas. Comment ses entraînements se déroulent-ils ? Premièrement, elle s’échauffe en courant, en faisant des pompes et des étirements. Après l’échauffement, elle pratique soit  le «Kata»,  des enchaînements techniques à faire seul-e, ou elle travaille avec ses camarades sur l’enchaînement de mouvements, de chutes et pirouettes. Voici une démonstration de Kata, pour vous donner une idée de ce que sait.

Puis, pour améliorer son habileté au combat, Zenib en enchaîne plusieurs combats avec un-e-s de ses camarades. Elle termine son entraînement par le nunchaku, qu’elle pratique pour gagner en fluidité, en lançant, en courant avec et le passant par derrière. 

Ses entraînements ont fini par payer. En 17 ans de carrière, Zenib a remporté plus de 80 titres, toutes compétitions confondues. Elle a été deux fois championnes du monde et a remporté deux médailles d’or, une médaille d’argent et trois de bronze dans les compétitions européennes.

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Malgré son grand plamarès, ce sport ne permet pas à Zenib de gagner de sa vie. Elle a donc décidé de poursuivre ses études supérieures en master espagnol langue étrangère, l’équivalent du FLE en France. Le master en poche, elle travaille désormais dans un centre de formation professionnelle pour acquérir de l’expérience dans l’enseignement. Beaucoup de sportif-ves professionnel-le-s doivent concilier sport et travail, car ils et elles ne parviennent pas à vivre de leur sport.

Maintenir son niveau et l’absence de perspective professionnelle ne sont pas les seules difficulté qu’elle a rencontré dans sa carrière de kenpo karaté. 

Zenib Laari et les expériences discrimanatoires au cours de sa carrière en kenpo karaté

D’origine marocaine et musulmane, Zenib a été confrontée plusieurs fois, au cours de sa carrière de kenpo karaté, à des situations discriminatoires, comme lorsqu’elle portait un tatouage henné et fut disqualifiée d’office d’une catégorie lors d’une compétition. Selon le jury, les tatouages n’étaient pas en conformité avec l’uniforme. Elle protesta contre cette décision et les menaça de les dénoncer en direct à une chaîne télévision, qui était présente ce jour-là.

Un autre problème se pose lorsque Zenib fait le ramadan. Certain-e-s se montrent compréhensif-ve-s, d’autres non. Elle se souvient lors d’un examen pour l’obtention de la ceinture noire qui était en plein mois de ramadan. Elle avait prévenu le jury qu’elle le faisait et que par conséquent ses compétences physiques sont diminuées. Le jury n’en pas tenu compte et lui a même fait repasser trois fois l’examen, ce qui est inhabituel. Ces expériences discriminatoires ont été jusqu’aux insultes. Des invectives comme «bougnoules de merde» ont été entendus maintes fois par Zenib.

Le directeur de son club lui avait déconseillé à l’époque de parler de ses expériences discriminatoires, et lui avait clairement fait comprendre qu’elle devait passer à autre chose. Malgré cette pression et ces mauvaises expériences , Zenib participe régulièrement à des activités qui luttent justement contre le sexisme et le racisme. 

La lutte contre le racisme, le sexisme et l’accès à l’enseignement pour tous

Ses expériences discriminatoires au sein du sport, Zenib s’en sert pour sensibiliser au racisme, un des causes qui lui tient à coeur. En mars 2019, elle participa, à un des évènements de #WeAreMore, qui avait pour but de partager les diverses expériences discriminatoires de personnes racisé-e-s ayant grandi en Espagne. C’était l’occasion pour Zenib de faire part des moments les plus marquants dans son parcours scolaire et sa carrière sportive.

Zenib Laari Inoune lors de la conférence #WeareMore

 Le racisme n’est pas le seule cause dans laquelle elle s’engage, il y aussi le féminisme. Ayant grandi dans une famille et une culture plutôt sexiste, Zenib n’a découvert le féminisme qu’à l’université. Et de là, débute toute une remise en question. Musulmane pratiquante, elle trouvait que l’Islam et la féminisme étaient incompatibles.«Le seul moyen pour trouver un bon équilibre entre les deux était pour moi de réinterpréter et d’adapter la religion à son temps», dit-elle. Ayant trouver son équilibre, Zenib décide de s’engager pour la cause des femmes, à travers le kenpo karaté. Elle sensibilise les femmes à la self-défense, en donnant des cours dans différentes associations. Zenib trouve important que les femmes puissent se défendre, surtout lorsqu’elle voit les cas d’agressions sexuelles qui ont dernièrement fait la une dans le pays. 

La voici dans un centre socio-culturel à Madrid, donnant des cours de self-défense pour les femmes.

À travers sa carrière sportive et son parcours profesionnel, Zenib s’engage dans la lutte antiraciste, sexiste et et aussi dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Ses engagements, Zenib y tient, car ce sont des choses qui l’ont touché personnellement et auxquelles elle fait face au quotidien. Elle ne souhaite tout de même pas baisser les bras et s’investit dans ces causes. Pour Zenib, baisser les bras reviendrait à donner raison à celles et ceux qui par leurs privilèges, oppressent les autres.