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De créatrice de mode à militante : retour sur un parcours surprenant

Société

Le militantisme, une voie qui n’est pas fait pour tou-t-e-s mais qui peut basculer la vie de celleux qui l’entreprennent. C’est le cas de Vicky Truong, passant de créatrice de mode à Paris à militante féministe et anti-raciste à Berlin. Entre expériences discriminantes, développement personnel et militantisme asiatique, le portrait de Vicky Truong donne un bel exemple de la réalisation de soi.

Grandir en Australie en tant qu’asio-descendante

Portrait de Vicky Truong

Vicky Truong a grandi en Australie jusqu’à ses 21 ans, où elle décide de partir vivre en France, à Paris, en 2012. Aller en France était un moyen pour elle d’acquérir de l’expérience dans la capitale de la mode. Elle souhaitait à l’époque entreprendre une carrière en tant que créatrice de mode. Cette passion lui est venue lorsqu’elle a commencé à créer ses propres vêtements par manque d’argent. Ses créations se sont faites peu à peu remarquer et elle se faisait souvent complimenter pour celles-ci. Ces compliments l’a surprenait car elle en n’avait pas l’habitude. Ayant grandi en tant que Australienne d’origine Chinoise, Thaïlandaise et Vietnamienne, Vicky était plus moquée et rabaisée. Elle ne se voyait jamais considérée en tant que personne unique, mais plutôt une Asiatique parmi tant d’autres, qui mange des « choses bizarres », des parents qui ont un accent « marrant », d’être forcément bonne en math et de fêter le nouvel an chinois. C’est alors qu’elle a commencé avoir honte de ses origines asiatiques et de tout faire pour effacer son côté asiatique. Lentilles vertes, cheveux blonds, bronzée et sportive, c’était une autre Vicky. 

Changement de vie, direction l’Europe

Vivre en Europe lui a fait petit à petit réaliser, comment la perception des autres a fini par impacter son estime et sa propre perception d’elle-même. Elle commence à prendre confiance mais se voit confronter à tout un autre phénomène social déplaisant : la yellow fever.

Vicky travailla avec quelques couturiers et resta en France jusqu’en 2014, où en entre-temps elle découvrit Berlin. Des soucis de visas lui contraint de retourner en Australie quelques temps avant de revenir en Europe. Ce retour au pays natal, lui permettra de prendre du recul sur son expérience dans l’industrie de la mode. Vicky se rend compte qu’elle n’est pas faite pour travailler dans cette industrie. Beaucoup de pression sont mise sur les modèles qui doivent respecter les standards de beauté exigés par l’industrie, une industrie souvent critiquée par son élitisme, classicisme, racisme entre autres. « Il n’y avait pas grand choses que je pouvais faire à mon niveau pour changer les choses » dit elle.

Les premiers pas de Vicky Truong dans l’activisme

Installée à Berlin depuis 2015, dans un premier temps, Vicky ne s’engage pas dans militantisme sociétal mais participe régulièrement à des manifestations. Elle finit par prendre goût au militantisme, lorsqu’elle organise son premier évènement, « I’m not your fortune cookie ». En 2018, Vicky avait lancé une pétition contre un événement qui avait lieu à Berlin, « Happy Ending » , que beaucoup trouvait offensant pour les asio-descendant-e-s. Vicky m’expliquait que le « Happy Ending » était un évènement très connoté sexuellement, en reproduisant les stéréotypes de la femme Asiatique, soumise et sexualisée ; mais aussi en offrant des massages gratuits, en utilisant une gravure érotique japonaise, appelée Shunga, pour le promouvoir et tout ceci ayant lieu dans un restaurant Vietnamien. 

Voici l’image utilisé pour l’évènement Happy Ending. En haut à droite, on peut voir une gravure Shunga

Elle souhaitait organiser un débat avec les organisateurs (Le  magazine Dandy Diary,) et les partenaires (le restaurant Ngon. Johann König, directeur du König Gallery) de cet évènement, pour parler de l’hypersexualisation des femmes asiatiques, l’exploitation de cette image et les conséquences que cela puissent entraîner. Les organisateurs et les partenaires n’ont pas répondu à l’invitation. N’ayant pas de réponse positive de leur part, Vicky décide tout de même d’organiser un mini-festival, appelé « I’m not your fortune cookie » pour aborder de différents sujets, touchant la communauté asiatique, comme l’appropriation culturelle, l’exploitation de l’imaginaire collectif sur les cultures asiatiques et la sexualisation des femmes Asiatiques. 

Après ce mini-festival, Vicky a voulu s’impliquer dans différentes associations de défense des communautés asiatiques comme Korientation ou plus récemment le collectif DAMN (Deutsch Asiaten Make Noise). DAMN est un une plateforme média créative, qui permet aux personnes d’origine asiatique de s’exprimer sur des sujets politico-sociaux et de partager leurs travaux créatifs. Ce collectif est née lorsque Thao Ho, une militante et amie de Vicky, participait à de nombreuses manifestations et voyait rarement des personnes d’origine asiatique. Son amie Thao se disait pourtant que les personnes d’ascendance asiatique aurait plus d’une raison pour aller manifester. De là, un groupe Facebook s’est crée jusqu’à leur premier évènement, en faisant connaître le collectif DAMN et lançant leur premier fanzine. 

Les défis à relever en tant que militante

Etre militante n’est pas sans difficulté. Premièrement, trouver des financements est un véritable défi. Vicky ne fait pas partie d’aucune institution, elle investit le peu d’argent qu’elle a dans les évènements qu’elle organise. Elle aimerait trouver un autre moyen pour financer ses activités. Ses activités sont prenantes au niveau financier et aussi d’autres niveaux comme personnel et relationnel. « On peut oublier de prendre soin de soi lorsque l’on prend soin des autres » dit-elle. Pourtant prend de soin de soi est aussi prendre soin des autres, même si l’engagement dans une activité qui nous passionne, nous le fait négliger. Vicky remarque également que certain-e-s auront beaucoup d’attentes vis-à-vis d’elle mais parce qu’elle tient une vision différente, elle va faire face à des critiques qui ne sont pas toujours constructives. « Je ne peux pas représenter tout le monde, certain-e-s se ont besoin de ces collectifs, d’autres non et ce n’est pas grave. Je souhaite m’impliquer dans ce qui me convient le mieux » , dit-elle. Depuis l’événement « I’m not your fortune cookie », Vicky Truong a d’autres évènements de planifier.

Son deuxième festival, « We are not Same Same » , était un deuxième festival mettant l’accent sur diverses questions, la fétichisation, l’appropriation culturelle, le racisme, les origines historiques de ces problématiques en Allemagne. Elle a également d’autres projets prévus en 2020 et compte bien s’impliquer dans la lutte anti-raciste et féministe aussi longtemps qu’il le faudra.