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Entre Iran et Occident et la construction d’une identité culturelle

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Portrait de Sara : ©Aissa Sica

Sara a 26 ans. Elle a grandi au Canada et est d’origine Iranienne. Je l’avais rencontrée en juillet dernier où elle était revenue de son séjour de quelques mois en Iran. On avait parlé de tout et de rien, et j’ai voulu en savoir un peu plus sur cette expérience. Je l’avais donc interviewée en février 2019.

Pour les personnes ayant grandi avec plusieurs cultures, il peut être parfois difficile de trouver son identité culturelle. J’avais dailleurs expliquer dans mon article « L’identité nationale, une utopie française » mon ressenti face à mon identité culturelle. Sara nous en dit en plus sur la construction de son identité culturelle et religieuse entre Iran et Occident.

Un faible sentiment d’appartenance au Canada

Dans l’imaginaire collectif français, le Canada nous fait penser souvent à une société multiculturelle, qui vit beaucoup plus en harmonie qu’en France. Pourtant, comme toute société multiculturelle, le Canada oscille entre intégration, assmilation et acculturation. Sara pensait en grandissant qu’elle était canadienne. Au fur et à mesure, elle a cru comprendre que les personnes racisées devaient incarner un idéal canadien. Cet idéal correspond à une vision monoculturelle de la culture canadienne. En termes de fêtes célébrées, on a par exemple, Thanksgiving, Nöel, Pâques et la fête de la Reine. Concernant le sport, on aura le hockey et le crosse qui représentent les sports nationaux. Les plats qualifiés de typiquement canadien seront le poutine ou encore la tartelette au beurre.

«La culture canadienne est encore liée à des pratiques culturelles des descendants d’Européens», dit-elle avec une pointe d’amertume.

Sara a donc commencé à plus s’intéresser à la culture iranienne et à appuyer plus sur cette identité culturelle. L’Iran ne manquent pas de clichés, un pays enchainant les sanctions internationales, qui est dangereux, où les femmes sont toutes en tchador. J’ai demandé donc les côtés positifs de Sara sur l’Iran avant d’en savoir plus sur son séjour de quelques mois et les impressions sur son pays.

Ce que l’on vous ne dira jamais sur l’Iran : ses bons côtés

L’Iran a dans l’ensemble une mauvaise réputation, une image d’un pays rigide religieusement, hostile à l’occident et dangereux. C’est la raison pour laquelle je commence par présenter les bons côtés de l’Iran, des bons côtés dont on ne parle jamais.

Les relations sociales influencées par l’hospitalité et le code de politesse

Les Iraniens ont une culture de l’hospitalité et un code de politesse qui influence les relations sociales : le ta’ârof. Selon l’article Le code de politesse iranien (ta’ârof) ou la fiction du lien social, «il représente un code de politesse régissant presque toutes les relations interpersonnelles et épousant des formes multiples : céder la première place, saluer quelqu’un avec aménité, inviter à déjeuner, offrir un don avec insistance ou refuser ce don, tout cela entre dans la sphère du ta’ârof et est indifféremment désigné par la locution verbale ta’ârof kardan, « faire du ta’ârof ». Cela se caractérise par une humilité forcée (pour certain-e-s) ou une générosité insistante. Voici une vidéo pour vous donner idée de ce que sait (vidéo en anglais)

Cette pratique reflète la pensée chiite musulmane. L’article nous apprend également que la vision chiite de la société y est pessimiste : les personnes sont de nature racunières, envieuses, imprécatrices, veulent avoir le plus possible de pouvoir. Ces intentions et émotions sont dissimulées à travers le ta’ârof. D’un point de vue occidental, cela pourait être vu comme de l’hypocrisie. Je dirais plutôt que c’est un code de politesse qui sert aux Iraniens et Iraniennes, qui leur permet de faire ressortir leur convivialité. Les Iraniens et Iraniennes n’hésiteront pas à vous inviter chez eux/elles et vous faire découvrir à leur manière leur pays.

Des paysages époustouflants

Une autre raison pour vous donner d’aller en Iran sont les paysages aussi variés qu’à couper le souffle. Il est difficile pour Sara de désigner l’endroit le plus beau. Mais il y a un endroit qui l’a marqué, l’île d’Ormuz, située au sud du pays. C’est une petite qui regorge de paysages diverses des un des autres et révélant chacun leur beauté. Vous pouvez trouver du sable noir brillant, des pierres colorées, de l’eau rougâtre. Cette diversité de paysages on l’a retrouve aussi dans l’ensemble du pays. Vous retrouvez un paysage plutôt montagneux au nord. On a par exemple la chaîne de montagne Elbourz, située au nord ouest, la mer Caspienne ou encore le désert de Dasht-e Lut dans le sud-est de l’Iran.  

Sara recommande, à chaque fois qu’elle peut, de visiter son pays et de visiter d’autres villes que Téhéran, Ispahan et Chiraz. Il s’agit d’habitude du parours classique des touristes visitant l’Iran. Si vous souhaitez découvrir le pays d’une autre manière, elle conseille vivement de visiter le Kurdistan.

Je vous ai détaillé deux côtés positifs (oui je sais ce n’est pas assez). Si vous n’êtes toujours pas convaincu-e de visiter l’Iran, je vous laisse regarder cette vidéo, qui jouent avec les clichés négatifs sur l’Iran :

Source : Told around the world


Se tourant vers sa culture d’origine, elle était retournée quelques mois vivre en Iran pour en connaître plus sur son pays et parle de ce qui l’a marqué.

L’apparence physique : une prorité dans la société iranienne

Avant de se rendre en Iran, Sara avait quelque peu idéalisé le pays. Déçue par le fait qu’elle ne sera jamais vraiment comme une “vraie canadienne”, elle pensait qu’en renouant avec ses racines, qu’elle serait dans une communauté dans laquelle elle se trouverait. Ayant grandi au Canada, elle n’aura pas la même perspective sur beaucoup de choses et aura dû mal à comprendre.

Elle a été surprise par certaines choses. L’importance de l’aspect physique par exemple. Beaucoup de femmes se teignent les cheveux en blonds et/ou se refont faire le nez. “Les gens ne se rendent pas compte qu’ils s’adaptent aux standards de beauté occidentaux, que ces normes de beauté viennent d’un point de vue occidental”.La rhinoplastie est très répandu en Iran. L’aspect esthétique et social y jouent. Il devient un signe d’appartenance d’une classe sociale aisée. Puis il est aussi un facteur d’émancipation. Les femmes se doivent de porter le voile et se vêtir de manière à couvrir les parties du corps.

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Source : NBC News
Credit : Caren Firouz / Reuters file

Le visage devient un moyen d’expression sans qu’il y est autant de contraintes à suivre, à travers le maquillage et la chirurgie plastique. L’Iran serait le deuxième pays du Moyen-Orient consommateur de cosmétique 4.5% des dépenses sont consacrées aux produits cosmétiques, ce qui est bien plus qu’en France, dont 1.7% des dépenses sont consacrées aux cosmétiques. Pour la rhinoplastie, l’Iran était même devenu le premier pays au monde en 2013. Plus de 200 000 opérations avaient été réalisées sur une population totale de 77 millions.

Un engouement incompris par Sara

Sara ne comprends pas vraiment pourquoi il y autant d’engouement pour l’aspect esthétique. Elle souhaiterait ce même engouement pour la préservation des traditions culturelles iraniennes, qui sont parfois délaissées, comme la poésie par exemple. Néamoins, certaines femmes iraniennes à l’étranger décident de renouer avec leur culture, leur aspect physique, en se détachant de l’inflence occidentale. Il n’y a pas que l’apparence physique qui l’ait marqué. Le racisme contre les Afghans également.

Le racisme anti-Afghan en Iran

ll n’y a aucun pays dans lequel le racisme n’existe pas malheureusement. Sara a été choquée par le racisme ordinaire contre les Afghan-e-s. « Avant la guerre en Syrie, la Pakistan et la Syrie étaient les pays qui accueillaient le plus de réfugié-e-s », explique Sara. En 1979, lors de l’intervention militiaire soviétique,  beaucoup d’Afghans ont décidé de fuir le pays. Les «réfugié-e-s », « immigrant-e-s », «migrant-e-s» Afghan-e-s sont estimé-e-s entre 2,5 et 3 millions. Leur statut n’est jamais légalisé même si lorsqu’ils sont né-e-s en Iran. Ils ne sont pas reconnu-e-s pas le gouvernement Iranien.

En conséquence, ils ne peuvent pas bénéficier du système scolaire, ne pas peuvent pas obtenir la nationalité iranienne et sont bien souvent exploité-e-s. Les travailleurs, travailleuses, employé-e-s Aghan-e-s gagnent bien moins que les Iraniens, qu’ils soient diplômé-e-s ou non. Des professions spécifiques du secteur primaire et secondaire leur sont attribuées. J’ai également découvert dans l’article du site Middle East Eye, que les Afghane-e-s ne peuvent pas être propriétaire d’une maison, avoir un compte bancaire, être employeur, et dans certaines régions, les Afghan-e-s sont interdits d’y résider.  

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Source : Middle East Eye

Les clichés sur les Aghan-e-s- dans la société iranienne

Des généralités sont faites sur les Afghan-e-s dû fait qu’ils soient exploité-e-s et qu’ils n’ont pas le droit à l’éducation .Ils sont pauvres, ne sont pas éduqué-e-s, arriéré-e-s voire inférieur-e-s. Ces clichés sont ainsi ancrés dans les esprits et véhiculés volontiers par les médias. Une série en Iran avait en mars dernier fait polémique. Dans un des épisodes, un des personnages, par punition, est forcée à se marier vec un Afghan qui est pauvre, soumis et laid. Lors de l’une des scènes, l’homme Afghan embrasse la main du père. Pour certains Afghan-e-s, c’était une répresentation humiliante. Terminons sur une petite note d’espoir : Quelques expositions artistiques, des débats sont organisés dans le but de parler du racisme contre les Afghan-e-s.

Sara ne sait pas tout à fait sentie à sa place en tant qu’Iranienne-Canadienne. Puis, pour beaucoup de locaux, elle n’est pas considérée comme étant une vraie Iranienne. Sa remise en question au niveau identitaire s’est faite également au niveau religieux.

Sara et sa pratique spirituelle

Sara a grandi dans une famille musulmane. Elle a eu deux modèles au sein de sa famille. D’un côté la pratique plus traditonnelle iranienne de son père. De l’autre côté, sa mère qui est née et a grandi en Allemagne, a fait de nombreuses recherches sur la religion, qui est critique sur celle-ci et qui se remet souvent en question. Quand elle était jeune, elle se disait qu’elle devait être impliquée dans la religion le plus possible car en prenant sa mère en modèle, cela la poussait. Toutefois, beaucoup de questions en tête restaient sans réponses. C’est à ce moment-là qu’elle a commencé à rejeter la religion.

Toutes les religions ont une même base pour Sara, seulement. elles empreintent des chemins différents. Sara s’inspire de toutes les religions et prend ce qui peut la satisfaire dans sa pratique spirituelle. Poser une étiquette sur sa pratique spirituelle n’est pas forcément ce qu’elle souhaite. Mais quand il s’agit de son éducation culturelle et de comment elle est identifiée par la société, elle est une femme musulmane.

La femme musulmane soumise et sans droits ?

L’image de la femme musulmane est bien souvent associée à une femme soumise, obéissante, une image qui desservit à la femme musulmane. “La plupart pensent qu’être une femme libre, féministe et musulmane c’est incompatible hors que non” dit-elle. L’Islam garantit des droits aux femmes comme le droit à l’instruction, le droit à l’héritage, le droit de choisir son époux et ces femmes peuvent les faire valoir quand elles le souhaitent. Ces propos seront considérés pour certain-e-s- comme incongrus car l’image qu’ils ont de l’Islam est une religion qui ne donnent aucun droit à la femme. Il ne s’agit pas de mettre en cause la religion mais dans le milieu dans laquelle elle a évolué, comme les autres religions monothéistes, une société patriarcale.

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Source : L’Orient le jour

Se définir soi-même

Iranienne, Canadienne, musulmane, autant d’étiquettes dont Sara aimerait parfois se défaire. Elle est bien que cela. On vit dans une société dans laquelle on ne peut s’empêcher de le faire, de catégoriser les gens. Certain-e-e-s se reconnaîtront dans cette histoire, d’autres non. Grandir avec différentes cultures peut rendre parfois compliqué , à trouver son vrai soi. Reste à savoir si on a a vraiment envie.

Sources
  • L’identité nationale, une utopie française
  • Food Nework
  • Travel with Blender
  • Le Figaro
  • OpenEdition Journals
  • Learn Persian (Farsi) with Chai and Conversation- About Tarof (Taarof), an Iranian tradition – Leyla Shams
  • Don’t go to Iran – Told around the world
  • Blogs Courier International
  • NBC News
  • Financial Tribune
  • The Guardian
  • Middle East Eye
  • Radio Free Europe/Radio Liberty
  • L’Orient le jour