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Chanteuses folk racisées : entre légendes et artistes contemporaines

Des chanteuses folk racisées, vous en connaissez ? Sûrement Tracy Chapman, mais mis à part elle, qui d’autre(s) ? Pourtant des chanteuses folk racisées, il n’en manque pas : Joan Baez, Odetta, Rhiannon Giddens, Fatou Diawara ainsi de suite. À travers ces chanteuses folk racisées, nous allons voir comment la musique folk a evolué, comment son rôle politique s’est dilué au fil du temps.

Les légendes folk au féminin

Joan Baez, dite la «Reine du folk»

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Joan Baez – ©BRUNO BRIZZI/PACIFIC PRES/SIPA

Joan Baez est une auteure-compositrice faisant partie des légendes du folk. Elle se fait au connaître aux débuts des années 60, lorsqu’elle partagea plusieurs fois la scène au côté de Bob Dylan. En plus de sa carrière musicale, elle s’engagea dans plusieurs causes sociales. Joan Baez, Irlandaise-Mexicaine, a été de nombreuses fois exposée au racisme et discriminations raciales et devient sensible à différentes cuaes sociales, à commencer par le Mouvement des droits civiques. Elle refusait de jouer dans le sud des Etats-Unis, en raison de la ségrégation et apporta son soutien au mouvement. En 1963, lors de la marche des droits civiques à Washington, elle y participa en chantant « We shall overcome » .

Elle également participa aux Marches de Selma en 1965 et créa «the Institute for the Institue for the Study of Non-Violence». Joan Baez s’engagea dans d’autres causes comme la guerre du Vietnam, en allant à plusieurs manifestations et s’est retrouvée quelques fois en prison. Aujourd’hui, le passé d’activiste est derrière elle mais restera une des figures folk emblématique dans l’activisme.

Odetta, l’autre reine du folk

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Odetta est une autre légende du folk. Sa carrière, elle l’a commence à la fin des années 40 et se distingue en mélangeant le folk, le blues et le negro spiritual. Sa prestance, ses cheveux naturels en Afro, ses tenues colorées ne laissent pas indifférent-e. Odetta prend aussi part au Mouvement des droits civiques en participant aux Marches de Selma, à la marche des droits civiques à Washington en entonnant « O Freedom » , qui deviendra un classique de la musique américaine.

Au sommet de sa carrière, elle connaît aussitôt le déclin dans les années 60, dû à l’évolution musicale du folk. Une vague d’auteur-e-s compositeurs-trices d’inspiration folk, apportant un nouveau style, mélangé au rock, quittant ainsi les racines de la musique folk, et la rende peu à peu démodée, comme l’explique le Irish Time. Elle termine sa carrière en 2001, en sortant son dernier album «Looking For a Home», avant de nous quitter en 2008. Odetta a été une inspiration pour beaucoup d’artistes comme Janis Joplin et Bob Dylan.

À côté de ces femmes légendaires du folk, Odetta et Joan Baez, d’autres ont également utilisé le folk comme un moyen de revendications sociales.

Buffy Sainte-Marie

Buffy Sainte-Marie est une Amérindienne-Canadienne. Elle est née à Piapot dans la vallée de la Qu’Appelle en Saskatchewan, au Canada et a été abandonnée lorsqu’elle était encore un nourrisson. Buffy Sainte-Marie fait partie aussi des artistes folk des années 60, qui se sont engagé-e-s socialement. Durant sa carrière, sensibiliser sur la situation des communautés amérindiennes et défendre leur droit, a été une priorité et qui lui portera préjudice. Pendant le mandat du président Lyndon Johnson, la chanteuse a été mise sur liste noire de 1963 à 1969, après avoir sortie la chanson «Tis Of Thy People You’re Dying». Cette chanson évoque les crimes commis par le gouvernement canadien envers les communautés amérindiennes.

Cela ne l’a décourage pas pour autant puisqu’en 1969, elle fonda l’association «the Nihewan Foundation for Native American Education», qui a pour but de soutenir les jeunes issu-e-s des communautés améridiennes dans leur parcours scolaire. L’album, «Power In the Blood», sorti en 2015, signe la fin de la carrière de Buffy Saint Marie.

D’un folk politique à polissé ?

Ces trois femmes, Joanz Baez, Odetta et Sainte-Marie, incarnent ce que la signification du folk était : une musique qui donne la voix au peuple, qui est témoin de son époque et s’engage politiquement et socialement. Joan Baez et Odetta, deux légendes qui ont marqué la musique folk mais qui ne connaîtront pas la même renommée. Après le Mouvement des droits civiques, Odetta retombe dans l’oubli et la musique folk devient beaucoup moins engagée. Qui sont les chanteuses folk et auteur-e-s compositrices racisées d’aujourd’hui ?

Les chanteuses folk racisées d’aujourd’hui

Rhiannon Giddens

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Rhiannon Giddens est un auteure-compositrice-interprète et musicien nefolk de 42 ans. Elle a grandi en Caroline du Nord avec son père américain blanc et sa mère noire américaine et amérindienne. À cette époque, il était aussi difficile pour ses parents d’être dans une relation mixte, que pour elle d’être une enfant métisse. Elle rendra hommage en 2017 à sa culture noire américaine, dans son album «Freedom Highway» en mettant en mettant en avant l’histoire de la communauté noire américaine, de l’esclavage au mouvement Black Lives Matter. Tout au long de sa carrière, Rhiannon Giddens a remporté plusieurs prix, dont le Grammy Award pour le meilleur album folk traditionnel en 2011 et ou encore le Grammy Awards en 2016 pour le meilleur album folk.

Mariee Sioux

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Mariee Sioux est une auteure-compositrice-interprète du Nevada City, une petite ville du nord de la Californie, de plus de 3000 habitants. Elle a commencé sa carrière en 2006, en publiant son premier album autoproduit, «A Bundled Bundle of Bundles». En 2007, dans son premier album studio «Faces in the Rocks», Mariee Sioux rend hommage à ses racines amérindiennes en combinant la musique folklorique et les sons amérindiens, tels que les percussions et les instruments à vent. En 2012, elle sort son deuxième album «Gift for the end».

Fatou Diawara

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Fatou Diawara, une chanteuse malienne qui mélange musique traditionnelle malienne, blues malien, le folk et le blues occidental. Fatou Diawara a pourtant commencé sa carrière comme actrice et a obtient son premier rôle en 1996 dans le film «Taafe Fanga» d’Adama Drabo. Elle a participé à plusieurs longs métrages mais se fait vite repérer par de grands chanteurs et chanteuses malien-ne-s tel-le-s qu’Oumou Sangaré et Cheikh Tidiane Seck. En 2011, Fatou Diawara sort son premier album «Fatou», et se fait un nom. Les collaborations se font de plus en plus nombreuses, notamment avec de nombreux auteurs-compositeurs-interprètes occidentaux tels que Paul McCartney, ou le chanteur français M. Son dernier album,«Fenfo», est sorti en 2018. Cet album aborde des sujets des plus légérs aux plus engagés, comme les mutilations génitales, ou l’esclavage moderne.

Valerie June

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Valérie June est une chanteuse folk originaire du Tennessee. À ses 19 ans, elle s’installe à Memphis avec son mari de l’époque, avec qui elle forme le groupe «duoBella » et sort un album en 2004 intitulé «No Crystal Stair». Après leur séparation, Valérie June décide d’apprendre la guitare, le banjo et devient musicienne de rue. En 2009, une émission web MTV intitulée «$5 Cover», qui suit les hauts et les bas des musicien-ne-s de Memphis pour vivre de leur musique, deviendra le tremplin de la carrière de Valérie June. Après trois albums autoproduits, elle sort en 2013 son premier album studio «Pushin’ Against a Stone», avec deux maisons de disques indépendantes. En 2017, Valérie June sort son deuxième album studio, «The Order of Time».

Quelques mots pour la fin

Pour Joan Baez, Odetta, Buffy Saint Marie et bien d’autres, la musique folk a beaucoup contribué à faire connaître les nombreux problèmes sociaux qui touchaient et touche encore les communautés racisées des Etats-Unis. De nos jours, l’accent est mis sur le manque de diversité dans le milieu. Le manque de représentation et de visibilité souligne la place des femmes de racisées dans la société et les différents obstacles et plafonds de verre à surmonter. La jeune génération reprend également le flambeau, comme Anna Leone, la jeune auteure-compositrice suédoise et Marem Ladson, une chanteuse noire américaine et espagnole, que j’ai rencontré à Madrid.