La diversité dans la littérature jeunesse et magazines

Art et Culture
la littérature jeunesse et le manque de diversité
Source : diversekidsbooks.org

La littérature jeunesse est définie par la salle des profs comme « comme l’ensemble des œuvres spécialement écrites pour les enfants ou les adolescent-e-s, ou de livres écrits pour des adultes qui sont devenus, par leur thème, traditionnellement, des lectures pour les jeunes. » Pourtant, cette littérature jeunesse ne s’addresse pas à tous les enfants et adolescent-e-s et manque cruellement de diversité.

La littérature est un des éléments important dans le développement personnel de l’enfant. On parle beaucoup des bienfaits de la lecture chez les enfants : amélioration de la concentration, enrichissement du vocabulaire, ou encore qui aide à développer l’imaginaire et à se représenter le monde qui l’entoure. Mais comment un enfant racisé-e peut-il se représenter le monde qui l’entoure, lorque les personnages de littérature de jeunesse de sont de couleur blanche ? La diversité dans la littérature jeunesse reste encore très peu commune en France et dans le monde occidental en général. Puis, la représentation des personnages racisé-e-s reste encore très stéréotypée.

Une représentation des personnages racisé-e-s stérótypée dans la littérature jeunesse

Estrella travaille actuellement dans une école maternelle à Berlin, ce qui n’est pas le chemin classique au vu de ses études, en anthropologie sociale et culturelle. Elle ne s’attendait pas forcément à travailler dans une école maternelle mais trouve cette expérience très enrichissante. Ce qu’elle trouve passionnant c’est de voir l’enfant découvrir le monde, en posant des questions aussi simples que complexes. C’est un accompagnement dans le développement personnel de l’enfant.

Estrella – ©Aissa Sica

Petit à petit, elle a commençé à s’intéresser aux livres proposés dans la bibliothèque de l’école maternelle. Ce qu’elle a retrouvé dans certains livres, ce sont des notions dépassées sur les rôles de genre, la famille ou encore l’image véhiculée des personnes racisé-e-s dans les livres pour enfants. La diversité dans la littérature jeunesse reste mise à mal par un manque de représentation ou alors par une représentation stéréotypée. Le livre „Tintin en Amérique“ par exemple, illustre bien ce problème. Tintin se retrouve pourchassé par des Amérindiens, qui souhaitent le tuer. Dangereux, agressifs, sauvages, tels sont les qualificatifs qu’on leur associe.“C’est la première et la seule représentation que les enfants voient des Amérindiens. C’est hallucinant pour elle.“ dit Estrella.

Un extrait de Tintin en Amérique – Source : Culturemania

D’autres livres de Tintin ont également fait polémique Tintin au Congo, Tinti et l’Etoile mystérieuse, représentant respectivement l’homme noir et l’homme juif de manière carticaturale et raciste.

Combien de personnages racisé-e-s sont dans les livres pour enfants en France ?On ne sait pas, puisque les stastistiques sur l’éthnicité en France sont interdites. Une étude américaine de 2018 nous révèlent que 77% des protagonistes des livres pour enfants sont soit des animaux ou des personnages blancs.

Sondage selon le Childrens Book Center

Cette représentation caricaturale, représentant les personnes racisé-e-s sous une manière infériorisée se retrouve également dans les livres pour enfants d’aujourd’hui. Prenons l’exemple des personnes noires dans la littérature jeunesse francophone.

Les stéréotypes véhiculés dans les livres pour enfants

Les personnages noir-e-s dans les livres francophones sont majoritairement issu-e-s du continent africain. Les enfants noir-e-s ayant grandi en France, ne peuvent se reconnaitre dans ce genre de récit. Cela ne représente pas leur quotidien, à ce qu’ils/elles font face en tant qu’enfant noir-e dans une société occidentale.

Qui ne connaît pas Kirikou ? Ce petit enfant noir d’un village africain qui se bat contre Karaba la sorcière. Les femmes dans son village sont seins nus, portant un pagne et les enfants se baladent nu-e-s, chacun vivant dans une petite case, et les femmes ayant souvent plusieurs enfants. Cette représentation fantasmée et faussée, nous donne l’impression que l’auteur a été inspiré par l’imaginaire africain datant de la colonisation. Une image primaire de l’Africain, vivant dans un village, peu vêtu, ayant affaire à une histoire de sorcellerie, de magie noire. Et bien d’autres livres pour enfants font l’apologie d’une Afrique primaire.

Pourquoi donc est-il important pour les enfants racisé-e-s ayant grandi dans un pays occidental de pouvoir s’identifier dans des livres pour enfants ?

Pour quelles raisons la diversité dans la littérature jeunesse est-elle importante ?

Dans un article d’Africultures, Anne Schneider, chercheuse, explique les raisons pour lesquelles la diversité dans la littérature est importante. « Le processus d’identification reste fort en littérature de jeunesse. L’enfant va découvrir des façons de penser, de vivre, des descriptions d’autres milieux que le sien. Il a besoin de s’identifier à des héros pour lui-même grandir, faire ses choix. Cet aspect important est négligé par l’absence de héros représentatifs en littérature de jeunesse ».

La littérature ne sert pas seulement à devélopper l’imaginaire de l’enfant: La littérature jeunesse a également un rôle dans la transmission de la représentation d’un groupe social et des normes sociales, « ces livres transmettent des valeurs aux enfants, ils véhiculent des représentations sur le masculin et le féminin, lesquelles sont par la suite intériorisées par les enfants (Chombart de Lauwe, 1986). » Le livre enseigne à l’enfant les normes sociales, ce qu’on attend de lui dans cette société et fait un lien entre le livre et sa vie réelle. Dans l’article «Séparation et recomposition familiale d’après les livres pour enfants »,Sylvie Cadolle, souligne que «les fictions ont une valeur performative. En les diffusant, elles donnent force aux représentations dont elles témoignent.»

Leurs arguments mis en avant peuvent être tout à fait associés au manque diversité dans la littérature jeunesse et ses conséquences. Un enfant racisé-e va intérioriser un modèle ou des modèles stéréotypés dans lequels il/elle ne pourra pas s’identifier. Dans un autre cas, il/elle intériorisera l’absence de représentation de personnages racisé-e-s et les personnsages blancs-ches deviendront la norme. Dans les deux cas, l’estime de soi peut être affectée. Face à ce manque de visbilité, de plus en plus d’auteur-e-s racisé-e-s font de plus en plus entendre leurs projets littéraires.

Les auteur-e-s racisé-e-s et la diversité dans la littérature jeunesse

La littérature jeunesse en France et la diversité demeure au second plan. Des initiatives sont donc prises par des auteur-e-s racisé-e-s dans le milieu francophone, pour améliorer la visibilité. Laura Nfasou est une auteur française congolaise et martiniquaise. « Comme un million de papillons noirs » . Son livre parle d’une fille noire qui est moquée par ses camarades, dû à ses cheveux crépus. Plus de 6000 exemplaires ont été vendus selon Terrafemina. Un livre qui rencontre un franc succès car beaucoup de d’enfants noir-e-s se retrouve dans cette situation.

Les parents peuvent expliquer les raisons pour lesquelles leur enfant a été moqué-e, les éduquer envers le racisme, leur apprendre à avoir confiance en soi. Un livre peut parfois être plus parlant pour enfant. Un autre livre, d’une autre auteur noire, qui a connu également du succès, Neïba je-sais-tout (ou presque). C’est une petite fille pleine de vivacité et drôle, qui n’a pas vraiment sa langue dans sa poche. « Tu sais garder un secret ? » est le premier tome des aventures de Neïba Je-sais-tout (ou presque).

Dans cette vidéo, Laura Nafsou et Madina Guissé de leur livres et de comment elles en sont arrivées à faire leur livre.

Les études de 2015 et 2018 du Cooperative Children’s Book Center montre qu’il y a du progrès en matière de représentation des personngages racisé-e-s dans les livres d’enfants. Cependant, reste encore beaucoup à faire. Les livres pour enfants classiques ont encore majoritairement des protagonistes de personnes blanches. Ce problème de représentation se retrouve également dans les magazines.

Les magazines jeunesses ne font pas figure d’exception

Plus jeune, les magazines jeunesse manquaient cruellement de diversité. « « J’aime lire » était un magazine que j’apprécias particulièrement. Il y avait des blagues, des jeux et la BD Tom Tom et Nana que j’adorais. Je trouvais qu’il y avait rarement des personnages qui me ressemblait. J’aurais bien aimé lire des histoires de petites filles noires, vivant en France et suivre leurs diverses aventures. Puis en grandissant, mes goûts ont changé et je voulais un magazine de fille pour préadolescentes. Il y en avait quelques uns mais le seul que je me souvienne est le magazine « Julie » . Et là encore, je ne pouvais pas me reconnaître. C’était des préados blanches qui étaient mise en avant et souvent issues d’une classe aisée. Je me sentais comme, je ne pouvais me reconnaître en personne.

Mais des initiatives sont prises pour pallier à ce manque de représentation. Estrella travaille également pour le magazine Rabbel. C’est un magazine qui a été fondée par Julie Comfort. Il s’agit de mettre avant des jeunes filles et des femmes du monde entier, à travers leurs histoires, en donnant une représentation plus moderne et proche de la réalité. Julie et Estrella souhaitent partager des histoires qui reflètent la capacité sans fin que les femmes et les filles ont, en surpassant leurs peurs pour trouver et exprimer leurs talents uniques qu’elles apportent au monde.

Quel avenir ?

La diversité dans la littérature jeunesse reste pour beaucoup en France un enjeu peu important, qui n’est pas à prioriser. J’étais tombée sur un article, de Soizic Epinay, ayant posé la questions aux auteurs de littérature de jeunsse sur la question de la représentation des personnes racisées.

En voici quelques réponses : «Et les auteurs noirs? Eux ne parlent que de Noirs dans leurs livres!»,
«Oui enfin les enfants n’ont pas forcément besoin de pouvoir s’identifier pour aimer les livres.»
«Oui mais vous voyez le livre comme un support politique alors que moi j’en ai une vision purement artistique.»,
«Les personnages viennent à moi sans que je le décide, qu’y puis-je s’ils sont blancs ? Après tout je suis blanc moi-même.» 

Ces propos soulignent un déni de la différence et de la diversité. À travers ce déni, on rend justement invisible des personnages racisé-e-s. On déni le droit à ces enfants de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent et améliorer leur confiance et estime de soi. La littérature jeunesse est un moyen dont les enfants intériorisent les répresentations des autres et la leur. Il est donc nécessaire qu’il puisse s’identifier à des personnages qui dépasse la figure du personnage type.

Bibliographie

Alice Lefilleul. Très peu de récits en littérature jeunesse bousculent la blanchité comme norme. 6 septembre 2016.

LA DIVERSITÉ DANS LA LITTÉRATURE JEUNESSE, COMPTE-RENDU DE TABLE RONDE