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Vivre au Moyen-Orient en tant que femme latine

Heather a 30 ans, elle est Américaine-Mexicaine et habite depuis quelques années à Vienne. Elle étudie le développement international. Elle co-anime également une émission à Radio Orange, nommée ZamZaman, qui diffuse de la musique des pays du monde entier. Cette émission a pour but de promouvoir la musique indépendante non occidentale. Heather a beaucoup de centres d’intérêts : Pour en citer quelques uns, on a la lecture, la méditation Vipassana, le féminisme et voyager. C’est le dernier qui m’a rendue curieuse. Je voulais en savoir plus sur comment c’est de vivre au Moyen-Orient en tant que femme latine, voire au delà des préjugés.

Mais avant cela, j’ai voulu en apprendre plus sur sa vie aux États-Unis. Elle a grandi dans la ville de Gilroy, située au nord de la Californie, dans une communauté d’agriculteurs-trices migrant-e-s. Être une femme venant d’un milieu défavorisé et ayant des origines mexicaines peut vite rendre l’ascension sociale difficile.

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Heather

Un avenir peu radieux pour les jeunes mexicain-e-s

Pour Heather, cela n’a pas été facile pour elle de s’assumer en tant que femme Américaine-Mexicaine. À Gilroy, la communauté latino-américaine est majoritaire, en composant plus de 60 % de la population de la ville. Selon les statisques du World Population Review, 16,33% de la communauté latino-américaine vit sous le seuil de pauvreté. De ce fait, beaucoup deviennent limité-e-s par un plafond de verre et l’éducation n’aide pas à l’ascension sociale. Le lycée d’Heather était en majorité fréquentait par des étudiant-e-s d’origines sud américaines. Le personnel de son lycée n’était pas là pour les aider à se surpasser mais pour leur éviter le pire : tomber enceinte et/ou rejoindre un gang. Leur avenir pouvait à la rigueur se faire dans l’armée. Des recruteur-e-s issu-e-s venaient parfois dans don lycée pour inciter les jeunes à rejoindre l’armée.

Heather trouvait cela frustrant qu’on puisse autant avoir de l’influence sur l’avenir de ces jeunes. Elle souhaitait à tout prix ne pas incarner un stéréotype de la jeune mexicaine venant d’un milieu défavorisé. Se dissocier de la communauté était donc nécessaire pour elle. La manière pour elle de se dissocier de la communauté était de partir à l’étranger.

Voyager a toujours été son rêve. Plus jeune, elle n’en avait pas les moyens, et passait son temps à en rêver. Elle allait souvent dans un café français avec son frère et prétendait être à Paris. Puis un jour, son rêve s’est réalisé. Elle est partie vivre au Moyen-Orient. C’était son tout premier séjour à l’étranger, en Syrie.

Vivre pour la première fois au Moyen-Orient

Heather a toujours été intéressée par les autres cultures. Elle adorait apprendre de nouvelles langues, lire des livres en langues originales, écouter de la musique de différents pays. Voyager était comme une évidence pour elle. Heather avait d’abord prévu d’aller à Paris. Elle souhaitait, vivre à la parisienne et parler français. Et dans la ville dite de l’amour (j’ai bien dit dite), beaucoup d’étrangers-ères rêvent de vivre « l’amour à la française ». Ce programme d’échange international était au-dessus de ses moyens , elle y a donc renoncé à y partciciper.

Mais Heather n’a tout de même pas abandonné l’idée de voyager. Un jour, elle reçoit une lettre qui lui informe qu’elle est acceptée pour un séjour d’étude en Syrie. Ce n’était pas fréquent pour les étudiant-e-s Américain-e-s d’étudier à Damascus.  Heather n’avait pas peur d’aller en Syrie, de tous ces clichés que l’on entend. Ce dont elle avait peur c’était de mentir à sa mère, ultra protectrice.

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Source : Peacock Plume
©Shutterstock/longtaildog

Son échange n’était pas du tout encadré comme celui de Paris. Personne n’est venue la chercher à l’aéroport, il n’y avait pas de famille d’accueil, rien. Elle a dû se débrouiller par elle-même en sachant quelques mots d’arabes. Depuis cette expérience, elle a continué à voyager et elle est restée vivre au Moyen-Orient. La prochaine destination nous amène à Oman.

Oman, comme beaucoup de pays du Golfe, a été à partir des années 70-80, considéré comme un eldorado. Aller vivre au Moyen-Orient est pour beaucoup un moyen de subvenir au besoin de leurs familles. La découverte du pétrole a positivement influencé la croissance économique. De plus en plus de pays du Golfe sont devenus attractifs. Face à la montrée de la migration, la Kafala s’est mis en place. C’est un système qui régule l’emploi des travailleur-euse-s étrangers-ères. Si l’on souhaite travailler dans certains pays du Golfe, il va falloir avoir besoin d’un sponsor. Ce système est appliqué dans les pays suivants : Le Bahrain, le Koweit, le Qatar, L’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis.

Le racisme institutionnalisé avec le système du Kafala

Vivre au Moyen-Orient en tant que femme latine peut être un défi

La Kafala est un principe de parrainage dans le domaine de l’emploi. Le kafil est un garant et un employeur, nécessaire pour tout étrangère ou étranger qui souhaite travailler à Oman. Cela peut être aussi bien une personne privée qu’une personne publique Malheureusement bon nombre de kafil profite de ce système pour exploiter les travailleurs-euses non occidentaux. Ils/elles viennent principalement d’Inde, d’Indonésie, des Philippines, du Pakistan et d’Ethiopie. Ils/elles occupent des positions considérées comme intégrates (employe-e de ménage, maçon par exemple). Pour cette raison, cela crée une hiérarchisation sociale et raciale basée sur l’emploi occupé et l’ethnicité. Pour illustrer, les travailleurs-euses venant d’Indonésie, vont ainsi être aossocié-e-s à la classe sociale basse et vont être considéré-e-s comme inférieur-e-s.

Heather souhaitait de nouveau vivre au Moyen-Orient, mais cette fois-ci en Egypte ou à Oman. C’est à Oman qu’elle débarque, plus précisément à Salalah. Elle était coordinatrice de projet à Amideast. Amideast est un organisme américain à but non-lucratif basé au Moyen Orient et en Afrique du nord. Il est engagé dans des missions d’éducation et de développement international. Elle est restée à Oman pendant un an. Ce qui était le plus dur pour elle, c’était de devoir à nouveau faire face au racisme et ses particularités dans la société Omanaise. Elle avait 23 ans lorsqu’elle y était. Elle était une femme seule, indépendante, racisée, qui adore voyager. Pour les Omanais-e-s ce n’est pas habituel.

Heather est ethniquement ambiguë, les Omanais-e-s la prenait pour une Asiatique et la méprisait. Lorsqu’Heather allait à ATM retirer de l’argent, il-elle-s étaient surpris-e-s qu’elle puisse avoir autant d’argent. Elle leur demandait s’il-elle-s travaillaient car elle oui. Ou sinon elle leur répondait en anglais, et changeront l’image qu’ils on d’elle

Heather n’était pas particulièrement vexée parce qu’elle savait qu’elle pouvait partir à tout moment. Ses amies, cependant, étaient coincées à Oman et resignées à vivre à y avec des contrats allant jusqu’à 5 ans. Elles n’avaient pas vraiment le choix, car elles sont les principaux soutiens financiers de leur famille. Oman, comme les autres pays du Golfe, est connu pour son pétrole. Ce pays a également fait les gros titres ces dernières années avec l’esclavage moderne des travailleurs-euses migrant-e-s.

Situation alarmantes des travailleurs-euses migrant-e-s Africain-e-s et Asiatiques

Ces dernières années, des articles et des rapports d’organisations internationales ont été publiés pour dénoncer l’exploitation esclavagiste des travailleur-euse-s migrant-e-s venant du continent africains et asiatiques. Ils/elle sont complètement dépendant-e-s et à la merci de leurs employeur-e-s. Malgré plus de visibilité internationale sur le sujet, les progrès sont moindres.  Selon le rapport de Humans Right Watch de 2019, « Les employées de maison sont particulièrement exposées à un risque élevé d’abus, étant donné que la législation du travail d’Oman exclut actuellement les employées de maison de ses protections et que celles qui fuient les abus ont peu de possibilités de recours ».  Ces travailleur-euse-s se retrouvent également vulnérables dans d’autres cas. Pour beaucoup, vivre au Moyen-Orient peut tourner au cauchemar. C’était le cas d’une des amies d’Heather qui était devenue la maîtresse d’un homme pour pouvoir survivre.

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Une migrante travailleuse qui manifeste à Beyrouth
Source : mgfedayi.info
Les dominant-e-s et les dominé-e-s

L’amie et aussi voisine d’Heather était dans une situation vulnérable comme le sont beaucoup d’autres femmes migrant-e-s. Son amie était venue à Oman pour travailler, et est tombée enceinte. Elle est rentrée dans son pays d’origine. Puis l’homme qui l’avait mise enceinte lui avait promis monts et merveilles pour qu’elle revienne. L’amie d’Heather a fini donc par revenir à Oman. L’homme lui louait un petit appartement délabré. Heather se retrouvait parfois à sortir avec cet homme et son amie. Heather ne pouvait rien dire. On ne peut pas compter sur le police, ni sur des associations défendant les droits des femmes.

Puis un jour, Heather entend des cris. L’homme que l’amie d’Heather fréquentait était marié. Sa femme l’avait découvert et s’était battue avec l’amie d’Heather. Son amie s’est retrouvée à la rue. Heather ne pouvait pas l’accueillir, car Heather pouvait elle aussi s’attirer des ennuis. Heather faisait ce qu’elle pouvait pour la soutenir en lui faisant changer les idées. Un an après, son amie est définitivement retournée vivre dans son pays.

Vivre au Moyen-Orient, une expérience sans regrets

Heathe se considère comme une des personnes les plus chanceuses au monde, pour avoir vécu à l’étranger. Vivre au Moyen-Orient est une expérience qu’elle ne regrette absolument pas et continuera coût que coût de voyager. Après Oman, elle a également bénéficié d’une bourse d’étude d’un an et a eu l’occasion de vivre dans différents pays. Elle a passé l’année à voyager en Inde, en Éthiopie, en Turquie, en Bulgarie, en Bulgarie, au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis et au Népal. Heather espère mettre à profit son expérience pour soutenir les migrant-e-s défavorisé-e-s au niveau international.