Féminisme, identité sexuelle et biphobie : le portrait de Margot

Allemagne

Margot étudiante, militante féministe, queer, nous raconte son parcours, entre engagement dans le féminisme intersectionnel, la biphobie dans la communauté lgbtq+ ainsi que dans la société ainsi que son coming out.

S’ouvrir au féminisme grâce à la littérature, le défi de Margot

Margot vient de Grenoble, ville située au Sud-est de la France, connue pour ses paysages et son climat montagneux. Après y avoir passé la majeure partie de sa vie, il était temps pour elle de découvrir de nouveaux horizons. Il y a donc 3 ans, elle est arrivée à Berlin pour y faire son Erasmus. Depuis, elle n’est plus repartie. Titulaire d’une double-licence en lettres romanes et allemandes, elle décide de poursuivre ses études dans la capitale allemande. Actuellement en deuxième année de Master de littérature moderne à l’université de Potsdam, elle est également assistante de la directrice de son département et chargée de TD auprès des étudiant.e.s de première année. Son but est former les futures générations étudiant.e.s vers plus de tolérance et de les sensibiliser au féminisme intersectionnel.

Elle donne des textes à étudier qui privilégient les auteur.ice.s racisé.e.s et LGBTQ+ qui, bien souvent, ont peu de visibilité dans les programmes universitaires et dans l’ensemble du cursus scolaire. Selon Margot, la littérature peut les amener à plus de tolérance. La littérature peut également aider à mieux comprendre le féminisme intersectionnel, car pour Margot celle-ci contribue à une meilleure compréhension de la société. Militante féministe intersectionnelle, c’est l’occasion pour elle de faire connaître le féminisme intersectionnel à ses étudiant.e.s. Comment en est-elle arrivée là ?

Le Roseaux, un moyen d’exprimer son militantisme

Il y a deux ans, Margot a rencontré quatre autres femmes sur un groupe Facebook féministe. Elles sont parties ensemble bruncher, ont discuté pendant des heures et se sont trouvées beaucoup de points communs, dont le féminisme intersectionnel. « Cela a été un coup de foudre amical », dit-elle.Quelques semaines plus tard, elles ont décié de créer un magazine féministe intersectionnel en ligne, le Roseaux. Le féminisme se compose de différents courants de pensée, dont le féminisme intersectionnel.

Qu’est-ce que l’intersectionnalité ?

« L’intersectionnalité renvoie à une théorie transdisciplinaire visant à appréhender la complexité des identités et des inégalités sociales par une approche intégrée. Elle réfute le cloisonnement et la hiérarchisation des grands axes de la différenciation sociale que sont les catégories de sexe/genre, classe, race, ethnicité, âge, handicap et orientation sexuelle. L’approche intersectionnelle va au-delà d’une simple reconnaissance de la multiplicité des systèmes d’oppression opérant à partir de ces catégories et postule leur interaction dans la production et la reproduction des inégalités sociales. » (Crenshaw 1989 ; Collins 2000 ; Brah & Phoenix 2004). »

Pour simplifier, le féminisme intersectionnel désigne un féminisme qui prend en compte d’autres discriminations que le sexisme. Le féminisme intersectionnel visent à montrer que ces discriminations sont liées les unes aux autres. Il en explique leurs sources et leurs conséquences afin de mieux les appréhender et les combattre. Pour savoir en plus sur le féminisme intersectionnel, je vous invite à lire l’article passionnant de Roseaux Magazine. Roseaux a vu le jour le 15 avril 2017.

Pourquoi créer ce magazine ?

Dans un premier temps, donner la parole aux personnes concernées par le sujet était nécessaire pour elle. Ainsi, vous pourrez trouver les témoignages de personnes malentendantes, non binaires, bisexuel.le.s, et ainsi de suite.  Puis, elles avaient remarqué qu’il n’y avait pas assez de contenus accessibles dans le milieu de la presse en ligne féministe. Ce sont habituellement des articles ou des magazines très spécialisés, théoriques qui découragent le lecteur par leur complexité. Avec Roseaux, ces 5 femmes visent à faire des articles de fonds qui vont traiter d’une thématique, qui puissent toucher le plus de personnes possibles et rester accessibles. Elles privilégient les articles de vulgarisation scientifique pour trouver un juste milieu, entre théorie, témoignage et rester compréhensible.

Margot avait apporté son témoignage sur Roseaux pour parler de la biphobie dans la société et dans la communauté LGBTQ+ ainsi que des stéréotypes qui collent à la peau des personnes bisexuel.le.s.  Elle nous en dit plus sur comment s’est déroulée l’acceptation de sa bissexualité par elle-même et par ses proches.

Du coming in au coming out

La plupart des personnes issues de la communauté LGBTQ+ connaissent leurs orientations sexuelles depuis quelques temps. Néanmoins, dans certains cas, cette orientation sexuelle est refoulée pour se conformer aux normes sociales.  Jusqu’au jour où un élément déclencheur va faire remettre en question le refoulement de cette sexualité. C’est ce qui s’est passée avec Margot. Il y a quelques années, elle était tombée amoureuse de sa professeure de traduction à la fac et elle est devenue très confuse, s’interrogeait sur sa sexualité et a d’abord rejeté sa bisexualité. Elle nous en dit plus dans cette vidéo.

©Aissa Sica

Et concernant le coming out dans sa famille ? Margot confie ne pas l’avoir fait à tou.te.s ses proches et me raconte qu’elle a fait face à diverses réactions. Sa grand-mère avait du mal à comprendre dans un premier temps ce que c’était la bisexualité. Elle lui demandait si elle avait finalement choisi entre les hommes et les femmes. Sa grand-mère a fini par comprendre qu’être bisexuelle ne signifiait pas choisir entre son attirance pour les hommes ou pour les femmes. Maintenant qu’elle est bien familière avec le concept de bisexualité, sa grand-mère lui pose comme question si elle a quelqu’un ou quelqu’une dans sa vie, pour en savoir plus sur sa vie amoureuse. 

Le temps d’acceptation de la part des proches après un coming out

En revanche, avec son grand-père, cela ne s’est pas passé de la même manière. Tout d’abord, elle n’a pas pu vraiment faire son coming out. Il a commencé à tenir des propos homophobes qu’il n’avait auparavant jamais tenus. Puis, laissant la rancœur de côté, Margot est allée lui rendre visite en maison de retraite, un 23 septembre. Il lui a confié que lui et la grand-mère de Margot se faisaient beaucoup de soucis par rapport à sa vie sentimentale, parce que c’est plus compliqué quand on n’est pas hétérosexuelle, lui demande comment cela se passe. Elle lui raconte que cela se passe bien et il lui répond qu’il est heureux pour elle. Il a fini par l’accepter. « Une coïncidence qui fait chaud au cœur » dit-elle. En effet, le 23 septembre n’est pas une date anodine, c’est la journée mondiale de la visibilité bisexuelle.

Les membres de sa famille ont eu besoin un peu de temps pour s’adapter, changer leur vocabulaire, leurs questions, d’accepter que ce n’est pas une phase. Les clichés sur les personnes bisexuel.le.s ne manquent pas, infidèles de service, éternels insatisfait.e.s sexuell.e.s. Ces clichés servent la biphobie. Elle touche les personnes bisexuelles aussi bien dans le milieu hétérosexuel qu’au sein de la communauté LGBTQ+.

La biphobie un sujet non abordé

« La biphobie se rapporte à la haine, la peur ou le dégoût de la bisexualité ou des bisexuel.le.s.». Elle n’est pas réservée à certains hétérosexuel.le.s : elle est aussi le fait de certains homosexuel.le.s, qui considèrent la bisexualité comme une incapacité à s’assumer (comme homosexuel.le), voire comme une forme de traîtrise. Elle véhicule le cliché d’un effet de mode : ce serait branché pour un.e hétérosexuel.le de se dire bi, même s’il/elle ne vit pas d’histoire amoureuse avec une personne du même genre que le sien.

Margot s’identifie plus comme queer que bisexuelle car la bisexualité n’est pas bien acceptée dans la communauté LGBTQ+. Elle avait fait une conférence à Paris en mars dernier, sur la biphobie dans la communauté LGBTQ+ pendant la Queer Week. Elle avait listé les remarques biphobes qu’on peut entendre dans la communauté, mais aussi de la part des personnes hétérosexuel.le.s : « qu’il faut choisir, que c’est juste une phase avant de d’assumer son homosexualité, qu’on est infidèles », des personnes qui sont souvent vues comme volages, indécises. Pour Margot, il faudrait plus de représentation dans les médias loin de ces clichés. Il faudrait plus d’articles qui dénoncent la biphobie dans la société et dans la communauté LGBTQ+.

La biphobie très présente dans la société française

Un sondage a été mené par les associations SOS Homophobie, Act-Up et les Actupiennes, Le Mag Jeunes LGBT, FièrEs et Bi’Cause- D’après ce sondage, 86 % des personnes bisexuelles ont été victimes d’agressions. Les personnes bisexuelles affrontent également l’homophobie. SOS homophobie définit l’homophobie comme « un terme qui désigne les manifestations de mépris, rejet, et haine envers des personnes, des pratiques ou des représentations homosexuelles ou supposées l’être». Ce que Margot peut conseiller aux personnes LGBTQ+ racisées qui n’ont pas fait leur coming out, c’est de prendre leur temps, de prendre contact avec des personnes qui ont traversé la même chose. Mais elle précise que pour le faire, certaines conditions doient être remplies. Il faut avant tout penser à sa sécurité et sa santé mentale, de ne pas sentir obligé.e de faire son coming out .

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