Yee et les moments marquants de sa vie.

Société

Yee venue par amour en Allemagne

Yee, 32 ans,vient de Melbourne, ville du sud-est de l’Australie, et est actuellement étudiante à Berlin en sciences sociales et enseigne l’anglais.  Il y a cinq ans, elle quittait l’Australie pour aller travailler au Cambodge. Peu de temps après, elle avait décidé de déménager enAllemagne pour rejoindre son partenaire à Dresde, ville située au nord-est de l’Allemagne. Elle est arrivée lorsque Pegida, mouvement d’extrême droite de Dresde, était à ses débuts et jouissait d’une grande popularité. L’atmosphère était différente, comme pesante, elle ne se sentait plus à l’aise. Elle a donc déménagé à Berlin il y a deux ans et demi de cela. Elle s’identifie comme Australienne, Malaysienne et Chinoise. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle a pris conscience tardivement de son identité culturelle.

 Un long chemin vers l’acceptation de son identité plurielle

À Melbourne, on est avant tout Australien, ce quine signifie pas que l’on doit renier son héritage culturel, dit Yee. La crise d’identité, elle ne l’a pas vécu mais elle a fait face à quelques conflits intérieurs pendant une longue période de sa vie. Bien qu’elle ait grandi en étant la seule famille Asiatique dans quartier à population majoritairement blanche,elle se sentait tout de même acceptée comme Australienne. Ce n’est que lorsque son école a organisé un échange entre élèves de la ville et de la campagne qu’elle a pris conscience de sa différence. Sa partenaire d’échange est arrivée pendant la période du Nouvel An chinois, fête célébrée par la famille de Yee. Elle sentait que sa partenaire d’échange était confuse et mal à l’aise car elle ne s’y attendait pas et était pour la première fois confrontée à cela.  Pour la première fois, Yee avait honte de son héritage culturel.  Il est parfois délicat de s’assumerl orsque l’on se distingue des autres, on veut parfois se distancer de sa culture pour pouvoir être comme les autres. 

Ses années de lycéens et sa vie de jeune adulte ont été des périodes de va et vient entre son identité australienne et son héritage culturel chinois malaisien. Vivant dans l’une des villes les plus multiculturelles d’Australie, cela n’a jamais été particulièrement difficile, elle y a rarement vécu le racisme. Pourtant, une chose qui revenait souvent parmi ses amis et collègues étaient des  » blagues sur les asiatiques « , auxquelles Yee se prêtait elle-même au jeu. Faire des blagues sur son origine ethnique était à la fois une forme de divertissement et d’intégration. Ce n’est qu’après son déménagement en Allemagne, que Yee a commencé à prendre un œil critique àsa participation à de telles blagues, après avoir été confrontée pour lapremière fois à son identité aux multiples facettes. Elle avait l’habitude d’être considérée comme une Australienne, même si elle n’était pas blanche. Néanmoins, depuis qu’elle s’est installée en Allemagne, son identité australienne est remise en cause en raison de sa couleur de peau.  Mais c’est grâce à cela, que Yee a pu pour la première fois vraiment prendre du recul sur son identité culturelle et apprendre à l’accepter.

 Installée avec son partenaire en Allemagne, elle a commencé à se projeter et vouloir fonder unefamille. Malheureusement elle a perdu son bébé pendant la grossesse.

Briser le tabou de la fausse couche : Yee nous partage son expérience

Yee nous fait part de son expérience . Cette année, Yee et son partenaire ont perdu leur premier bébé. Elle a insisté pour parler de la perte de leur bébé dans un but bien précis.

Perdre son bébé pendant la grossesse reste un sujet très tabou, même si il est plus fréquent qu’on ne le pense : cela touche une femme sur trois en Allemagne et une sur quatre en Australie. Beaucoup de femmes n’ont pas l’impression de vouloir ou même de pouvoir parler de l’expérience extrêmement douloureuse qu’elles sont en train de vivre ou qu’elles ont vécu. C’est une chose que Yee a jugée importante tout au long du processus du deuil périnatal: parler ouvertement de la perte de leur bébé.

L’une des principales difficultés rencontrées ont été certaines des réactions auxquelles elle a fait face. La réaction de certaines personnes face à cettenouvelle n’était pas toujours compréhensible pour elle Beaucoup de gens ontcomplètement ignoré le sujet, craignant de la blesser. Certaines personnes lui disaient « d’oublier le bébé », d’autres lui disaient en voulant la rassurer, « Tu seras mère un jour ». Pour Yee, c’est ce silence et cesentiment de déni qui l’ont le plus blessée. Pour Yee, son bébé ne serait jamais oublié et sera toujours son premierenfant. Elle témoigne car elle souhaite libérer la parole, d’encourager d’autres femmes en à parler et montrer aux femmes qui traversent cette périodene sont pas seules. Pour Yee, une personne à qui on a donné naissance ne s’oublie pas, c’est et ce seratoujours son premier-né même si elle aurait d’autres enfants.

Faire le deuil après une fausse couche : comment surmonter cettedouloureuse épreuve

Pour surmonter cette épreuv,e il est nécessaire selon Yee de prendre le temps de faire son deuil et de parler à cœur ouvert avec son partenaire, de ne pas garder les choses pour soi pour soulager la peine.  Même si ce bébé n’est plus de ce monde, il fait partie de sa vie ainsi que celle de son partenaire. Elle et son partenaireont pu passer quelques heures avec lui après l’accouchement. Elle a trouvé cela éprouvant moralement mais c’était nécessaire et son partenaire de faire leurs adieux à leur cher enfant. Le serrer dans ses bras a été pour elle trèsémouvant, de partager les premières heures de bonheur avec son enfant après lanaissance de pouvoir le voir, le toucher, même s’il n’est plus en vie.

Pour surmonter cela, il est nécessaire de prendre le temps de pleurer et de parler à cœur ouvert avec son partenaire et sa famille.  » Il est important de ne pas garder les choses pour soi et de contenir ses émotions », dit-elle. Même si leur bébé ne fait plus partie de ce monde, il fera toujours partie de sa vie et de celle de son partenaire. Ils ont pu passer quelques heures avec lui après la naissance. Au début, elle a trouvé cela éprouvant moralement mais elle s’est rendue compte que ce moment a changé savie et celle de son partenaire. Ils ont pu passer du temps avec lui et leur faire leurs adieux ; le tenir dans leurs bras et partager les premières heures de bonheur avec leur bébé après la naissance, même s’il n’était plus en vie. L’ouverture d’esprit et l’acceptation de la perte ont joué un rôle crucial poursurvivre au deuil périnatal.

Malgré tout, elle et son partenaire souhaitent toujours fonder une famille ; elle sait qu’elle devra toujours faire face aux souvenirs de la perte et que toute grossesse future s’accompagnera de la peur. Mais le conseil qu’elle peut donner à toutes celles qui passent par cette épreuve est de ne pas avoir peur d’affronter vos émotions, de ne pas refouler ses émotions et d’accepter la peur. De cette manière,on peut faire la paix avec soi-même et vivre une vie remplie de joie.

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