Portrait de Jade
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S’accepter en tant que femme racisée

Jaide a 26 ans, elle vient de Berlin et y a grandi toute sa vie. Elle n’a jamais étudié parce que sa passion c’est la musique. Pendant un certain temps, ses parents étaient préoccupé-e-s puisqu’ils voulaient qu’elle prenne un chemin plus classique, qu’elle fasse des études supérieures. Afin de leur prouver qu’elle est une personne responsable et de montrer qu’elle a pris la bonne décision, elle a décidé d’être financièrement indépendante depuis qu’elle a 17 ans. Jaide est partie vivre en Zambie et aux Etats-Unis quelques temps pour vivre de nouvelles expériences, se servir de celles-ci comme inspiration pour sa musique. Ces expériences lui ont aussi permises d’en apprendre davantage sur elle et s’est rendue compte au fur et à mesure qu’elle était une femme racisée.

Portrait de Jaide
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De nombreuses années avant de s’accepter comme femme racisée

Pendant un an, Jaide a vécu à New York et travaillé en tant que barista. Elle a beaucoup aimé New York néanmoins il faut cumuler les emplois pour pouvoir survivre. Pendant son séjour, Jaide vivait dans l’arrondissement de Brooklyn, un quartier devenu incontournable et malheureusement victime de la gentrification. Le quartier où elle vivait était principalement composé d’afrodescendant-e-s. Les habitants du quartier la considéraient en tant que femme racisée. Elle était assez confuse parce qu’elle n’a jamais été considérée telle qu’elle en Allemagne. Pour la première fois, Jaide a réalisé qu’elle était métisse. Cela lui a pris 24 ans. Jaide a beaucoup apprécié de vivre dans ce quartier car elle se sentait intégrée dans cette communauté, elle se sentait libre d’être elle-même, un sentiment qu’elle n’a jamais eu en Allemagne.

À travers cette expérience, Jaide a pris du recul et a commencé à réfléchir sur son enfance. Grandir en tant que personne métisse en Allemagne, peut être difficile. La plus tactile, la plus bruyante, la plus active, c’était elle. Quelque part, elle a toujours eu le sentiment de ne jamais assez bien faire. D’une façon ou d’une autre, Jaide ne sera jamais assez Allemande bien qu’elle soit de Berlin, qu’elle ait grandi dans la culture allemande, qu’elle parle allemand et le dialecte berlinois. Nos sociétés qui deviennent de plus en plus multiculturelles font face à de nouveaux défis, y compris l’acceptation de la différence entre les autres et non de changer les autres.

Ignorance et racisme, encore et encore

En tant que femme racisée à Berlin, Jaide a rarement eu des expériences racistes. Sa pire expérience fut lorsque des nazis l’ont insulté de Monchichi et qui refusait de la laisser partir. Jaide a remarqué que la fréquence et l’intensité des expériences racistes peuvent différer en fonction des traits physiques. Elle a des ami-e-s qui ont le même teint qu’elle mais ayant les cheveux crépus, cela devient plus compliqué pour elles et eux. Ayant pris conscience qu’elle est une femme racisée, Jaide est beaucoup plus vigilante et sur ses gardes, face au racisme, d’autant plus que son petit ami est noir. Jaide et son copain, ont abordé à plusieurs reprises des conversations sur le racisme, et il lui expliquait qu’il était tellement habitué au racisme qu’il ne le remarquait plus. Son copain a grandi aux États-Unis, sa première expérience raciste avait eu lieu dans un magasin. Le vendeur l’avait averti de ne rien voler. Pour lui, si à chaque fois on prenait en compte chaque acte raciste, on serait tous les jours en colère et frustré-e. Or pour elle, c’est si frustrant qu’elle n’est pas prête à s’y habituer.

Des expériences mailaisantes avec son copain, elle en au. Une qui l’avait marquée, c’était à un mariage d’un ami de la famille.Jaide savait déjà qu’il allait être une des rares personnes noires. Elle l’a présenté et peu après les commentaires et actes quelques peu déplacés ont commencé.
Certains ont dit de lui qu’il devait être un bon danseur. Elle s’est sentie gênée. Pourquoi une telle supposition? Plus tard dans la soirée, ils ont rejoint la piste de danse. Quand ils commencaient à danser, une personne est venue et lui a fait le signe “Westside”, d’autres voulaient se confronter à lui dans une battle de danse. Son petit ami lui expliquait que c’était la raison pour laquelle il était resté toute la soirée et trouvait cela très embarrassant. Être ignorant-e reste un choix.

Jaide souhaite que les Dominicain-e-s s’acceptent tels qu’ils et elles sont.

Depuis que Jaide s’est acceptée en tant que femme racisée, elle perçoit le pays d’origine de sa mère d’une autre manière. En 2017, Jaide était retournée en République Dominicaine pour la première fois depuis ses 16 ans. Elle est y est restée trois semaines et elle a rarement vu les personnes portaient leurs cheveux naturels. La majorité les lissaient. Les Dominicain-e-s ont pour la plupart des origines africaines, taino et espagnoles. Il y a tous types de cheveux et de couleur de peau, de la plus claire à la plus foncée. Toutefois ils et elles sont convaincu-e-s qu’être beau et belle signifie avoir la peau claire et les cheveux lisses. Selon Jaide, la République Dominicaine est un pays de population noire qui ne veut pas s’accepter tel-l-e-s qu’ils et elles sont. C’est tout ce qu’on leur a appris, à nier l’héritage africain.

Rafael Trujillo, ancien dictateur dominicain, est à l’origine d’une idéologie anti-haïtienne et plus généralement anti-noire. Cela a permis de créer l’identité dominicaine qui veut que les habitants n’aient que des origines tainos et espagnoles. Ainsi pour les Dominicains ils n’ont pas d’origines africaines.

Un jour, pendant une réunion de famille, une de ses cousines qui a la peau foncée et qui porte ses cheveux naturels y était. Jaide expliquait comment elle était constamment moquée et humiliée, du fait qu’elle est choisie de s’assumer. Ce qu’elle fait peut-être vu comme acte militant car tout ce qu’elle représente, c’est ce que la société souhaite complètement effacer. Jaide rappelait constamment aux membres de sa famille qu’ils étaient noirs avec des origines espagnoles et cela depuis des générations. Ils l’ont écouté mais ne s’en rendent pas encore vraiment compte et ne le revendique pas. Elle rêve de faire carrière en tant que chanteuse. Elle chante surtout sur l’amour. Mais avec sa musique, Jaide espère aussi aider les gens à s’accepter comme ils et elles sont.

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