Potrait d'Asha

S’accepter en tant que métisse, un défi pour Asha

Allemagne

Asha, 18 ans, est étudiante. Elle a grandi dans le sud de Londres jusqu’à 11 ans puis a vécu quelques temps en France avant de venir à Berlin.Sa mère est néo-zélandaise et son père afro-américain. Cela n’a pas été toujours simple pour elle d’accepter sa culture noire. Elle a traversé une longue crise d’identité avant de finir par s’accepter tel quelle est.

 

Le déni de son identité afro-américaine

Être métis n’a jamais été simple. Pendant longtemps on surnommait les personnes métisses de « bâtards », « d’enfants indignes ». Certains métis peuvent se sentir comme n’appartenir à aucune communauté, se sentent comme mis à part. Pour d’autres ils ne souhaitent pas être associé à une communauté en particulier. C’est le cas de Asha, qui pendant longtemps ne souhaitait avoir aucun lien avec la communauté noire, ne pas en connaître davantage sur la culture afro-américaine et de ressembler physiquement le plus possible à une personne blanche.

En effet, elle se lissait les cheveux, évitait le soleil pour avoir un teint pâle. Plus jeune son rêve était de devenir célèbre; elle adorait regarder les séries disney tel que Hannah Montana par exemple. Toutefois les personnes célèbres étaient toutes de la même couleur, blanche. Le manque de représentation est un des facteurs de la crise d’identité. Ce manque de représentation provoque ainsi un sentiment d’insécurité, comme si on n’avait pas d’importance. La personne à laquelle on veut s’identifier ne nous ressemble jamais.

Elle avait également comme peur des personnes noires; ce qu’elle voyait fréquemment au quotidien, dans les films sont des personnes recherchées par la police, des délinquants. L’ayant marqué plus jeune, cette image négative s’est inscrite dans son subconscient et associait ces personnes à ce cadre-là.
Pourtant un jour elle a eu un déclic en se rapprochant de sa famille afro-américaine et à petit à petit renouer avec son identité noire. L’histoire d’un de ses proches qu’elle admire l’a notamment aidé à renouer avec cette culture.

Le racisme n’épargne pas les personnes métisses

Son grand-père fait partie des personnes qu’elle admire le plus. En ayant vécu dans l’Amérique ségrégationniste il a dû souvent recommencer sa vie à zéro. Il a tout d’abord déménagé en Indianapolis puis est retourné à Atlanta. Ensuite, il a été enrôlé pour faire la guerre et envoyé en Italie.  Il a décidé de créer un groupe de musique et a rencontré du succès. Il a passé sa vie sur scène. Son grand-père ne sait jamais laisser abattre ni par le système ségrégationniste,  ni par le racisme pour vivre ses rêves. Rien ne l’a arrêté. C’est cette détermination qui surpasse tous les obstacles qu’admire Asha.

En sachant plus sur l’histoire de son grand-père, elle a commencé à s’intéresser de plus en plus à l’histoire afro-américaine, à participer aux manifestations. Elle est régulièrement en contact avec sa famille afro-américaine. A travers la découverte de cette histoire elle est en restée choquée, émue pendant un certain temps.

Malgré tout le rapprochement avec son identité noire n’est pas sans obstacle. À commencer par certaines personnes de la communauté noire qui ne la considère ne faisant pas partie de celle-ci. Elle est métisse, elle bénéficie de certains privilèges car elle ne vit pas avec la même intensité le racisme, la discrimination. Elle ne partage pas cet avis puisque l’expérience de son père a prouvé qu’importe qu’il est un parent blanc, il en a souffert. Il était constamment harcelé par ses camarades, il ne pouvait pas être dans le même bus qu’eux.

Les problèmes que rencontrent les personnes métisses ne sont pas à minimiser. Elle s’était faite invectivée avec son père de « nègres » lorsqu’ils étaient en Nouvelle-Zélande ou encore de « bâtard » lorsqu’elle expliquait que son père était Afro-Américain et sa mère néo-zélandaise. Se faire insulter pour sa couleur de peau ne devrait plus arriver. Si nous étions vraiment “civilisés”.
Et la couleur aussi pose problème lorsqu’il s’agit de l’amour.

L’amour malgré tout

Cela fait depuis un an qu’elle avec son copain. Il est allemand. Ils s’aiment et ont respectivement fait les présentations à leur famille. Du côté de la famille d’Asha tout s’est bien passé, ce qu’on ne peut pas dire du côté de la famille de son copain. Lorsqu’elle les a rencontré pour la première fois, ils ont été cordiaux. Mais peu à peu ses parents se sont devenus de plus en plus fermés.

Elle s’est retrouvée à un repas de famille, avec un oncle nazi. Il a été correct avec elle, n’a fait aucun commentaire déplacé. Mais elle ne trouve pas cela normal que la famille l’accepte pour dîner, même en ne partageant pas ses idées. Et encore plus lorsqu’elle se retrouve chez son copain. Cela ne pourrait jamais se passer dans sa famille.

Un jour elle était arrivée en avance chez les parents de son copain, toute seule, a sonné à la porte mais ils n’ont pas voulu la faire rentrer. Un autre jour, son copain avait perdu son portable. Les regards se sont tournés vers Asha et ses parents qui lui avait demandé si elle n’avait pas pris son portable. Autant d’exemple qui montre la fermeture d’esprit de ses parents, les préjugés qui portent vers les personnes de couleur.

Elle culpabilise presque d’avoir en quelque sorte d’avoir fait ouvrir les yeux à son copain. La relation avec ses parents aujourd’hui se sont améliorées, des rapports qui sont corrects. Cependant passer à l’improviste pour leur dire bonjour n’est pas encore à l’ordre du jour.

Asha souhaite à l’avenir être une personne influente afin de contrer la représentation négative des personnes noires. Et aussi de plus parler des problèmes que rencontre les personnes métisses, car selon elle peu s’y intéresse. C’est une femme de 18 ans, qui affronte les difficultés que rencontre sa relation amoureuse ainsi que l’ignorance des personnes, une manière à elle de faire changer les choses.

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